Y’a pas photo

Armelle Pinazo, orthophoniste, m’a contactée récemment pour me parler d’un logiciel et d’une application qu’elle utilise souvent en rééducation.

Devant son enthousiasme, je lui ai proposé d’être la première rédactrice invitée du blog et d’écrire une petite critique à votre intention ! 

Voici donc ce qu’Armelle pense du logiciel et de l’application « Y’a pas photo » :

y-a-pas-photo-1Editions Créasoft www.editions-creasoft.com

Conception : Benoît Peucelle, Orthophoniste

Public visé

  • Adultes avec des troubles du langage d’origine neurologique
  • Enfants avec troubles articulatoires, retard de parole et troubles du langage oral /écrit

Supports et tarifs

Y-a-pas-photo-2Description

Le logiciel/l’application comprend un imagier de 500 photos et 15 activités réparties en 4 modules :

1) Compréhension orale en désignation d’images

  • Mot entendu/ 4 images
  • Mot défini / 4 images

2) Expression orale

  • Dénomination d’images

3) Expression écrite

  • Dénomination écrite d’images
  • Lecture de mots
  • Lecture de phrases et de textes

4) Compréhension écrite

  • appariement 4 mots/4 images
  • appariement mot entendu/mot écrit
  • reconnaissance de mots épelés
  • mot à écrire à partir de lettres mélangées
  • mot à écrire à partir de syllabes mélangées
  • phrase à écrire à partir de mots mélangés
  • mot à retrouver à partir de sa définition
  • phrases lacunaires
  • questions écrites sur un texte

Dans chaque exercice, différentes aides facilitatrices peuvent être proposées au patient : phonologique, sémantique, littérale, syllabique, morphologique, visuelle.

Points forts

On aime bien :

  • l’imagier, parce qu’on en a toujours besoin en orthophonie !
  • la possibilité d’imprimer les photos pour créer un carnet de communication pour le patient.
  • les 3 bases de données (interne, patient, visiteur) exploitables séparément ou simultanément
  • la sauvegarde des résultats du patient pour suivre son évolution au cours de la rééducation
  • les 2 polices d’écriture proposées (majuscules ou minuscules script)
  • la voix de bonne qualité
  • la possibilité de l’utiliser sur tablette pour les domiciles ou au cabinet.

On adore !

y-a-pas-photo-3 (Copier)

  • la palette des exercices proposés qui permet un bon travail au niveau du mot avec toutes les transpositions (répétition, dénomination, lecture, écriture, copie)
  • la facilité d’utilisation
  • et surtout la possibilité de faire du « sur mesure » qui en fait un incontournable grâce :
  • au paramétrage : pour chaque activité, il est possible de trier les images en fonction de la catégorie sémantique qu’on veut travailler, de la longueur du mot (1/2/3 syllabes ou plus) et des phonèmes souhaités.
  • à la personnalisation de la banque d’images : on peut insérer de nouveaux mots /photos pour chaque patient (dans la base profil) ou pour tous les patients (dans la base de l’orthophoniste appelée « base visiteur »)

y-a-pas-photo-4 (Copier)

Points faibles

  • les photos plutôt adaptées à des adultes qu’à des enfants
  • les boutons de défilement gauche/droite sur l’écran d’accueil qui donnent l’impression de conduire en Angleterre.

Points faibles sur tablette

  • l’impossibilité d’ajouter des mots/photos sur l’iPad, alors que c’est possible sur tablette Androïd !
  • l’affichage qui ne couvre pas la totalité de l’écran : préférer une tablette 10’ pour une meilleure visibilité
  • le bouton de commande « mot suivant » trop souvent affleuré par inadvertance par les patients gauchers parce qu’il est situé sur la partie inférieure gauche de l’écran.

 

Merci beaucoup Armelle pour cette critique !

Si vous souhaitez vous aussi être rédacteur invité sur le blog c’est très simple, envoyez-moi un email à l’adresse suivante : lydie (at) ortho-n-co.fr

Et comme toujours n’hésitez pas à partager ce billet sur les réseaux sociaux et à donner votre avis dans les commentaires !

Synthèse du colloque « Enfants Mut@ants »

Le colloque « Enfants Mut@nts, révolution numérique et variations de l’enfance » s’est déroulé à Paris du 17 au 19 octobre 2013.

J’avais très hâte d’assister à ces journées de conférences organisées par l’APPEA (Association francophone de Psychologie et Psychopathologie de l’Enfant et l’Adolescent) car le thème me semblait vraiment porteur.

Les 3 jours ont en effet été très riches et je vais tenter de vous en proposer une synthèse ici, vue au travers de mon prisme d’orthophoniste trentenaire.

Génération X, Y et Z

Commençons donc si vous le voulez bien par évoquer les différentes générations : générations X, génération Y, génération Z, digital natives… Ces termes ont été évoqués à plusieurs reprises durant le colloque, et font plutôt débat.

On aurait ainsi tendance à donner des définitions associées à des classes d’âge, en situant par exemple la génération X au-dessus de 30 ans et la génération Y juste en dessous mais en réalité tout le monde s’accorde à dire qu’il y a de grandes disparités entre les individus, y compris au sein d’une même classe d’âge.

Pour ce qui est de la génération Z, ou « digital native » plusieurs intervenants nous ont alertés sur les dangers inhérents à ce terme. Gare au « syndrome d’Obélix » nous dit Pascal Plantard : ce n’est pas parce qu’ils ont été plongés dedans dès leur plus jeune enfance que l’on n’a rien besoin de leur enseigner.

Benoit Thieulin a aussi rappelé que l’on utilise encore parfois l’expression « fracture numérique », or ce terme qui a plus d’une dizaine d’années fait surtout référence à des différences en terme d’équipement informatique, alors que le principal schisme aujourd’hui concerne l’appropriation des techniques.

Le développement du cerveau

Des études contradictoires nous ont aussi été présentées en ce qui concerne les effets des écrans sur le développement du cerveau. On peut constater que ces éventuels « mutations » sont très controversées parmi les chercheurs présents, avec les radicaux anti-écran d’un côté, les plus positifs voyant les écrans comme un nouvel outil de communication, prolongement de la pensée humaine ; en passant par les modérés (comme Serge Tisseron), partisans d’une utilisation contrôlée et parcimonieuse des écrans au long du développement.

Ce que j’en ai retenu c’est que le cerveau des jeunes enfants commence par se développer en lien avec tout ce qui est de l’ordre du tactile. Pas de quoi s’extasier devant un bébé qui maitrise rapidement l’utilisation d’une télécommande ou d’une tablette nous dit Sophie Jehel, c’est le point fort de son cerveau.

Nous avons aussi beaucoup parlé des différentes formes d’intelligences. Ont principalement été opposées les notions d’intelligence cristallisée (littéraire, séquentielle, lente et profonde) et d’intelligence fluide (numérique, simultanée, rapide et multitâche). Cela correspond à des styles cognitifs différents. On ne fonctionne pas en stades de développement mais on opère des choix stratégiques différents selon les moments. D’ailleurs selon Olivier Houdé si les jeunes arrivent à jongler entre ces deux formes d’intelligence ils feront des merveilles.

Des usages particuliers différents

Les usages numériques des adolescents sont parfois différents des nôtres mais ils sont en phase à la fois avec la structure commerciale du web et avec l’évolution sociétale (Sophie Jehel). C’est à dire qu’ils sont justement sensibles par nature à ce qui fait l’essence même du web : prégnance des images sur l’écrit, simplicité d’utilisation, affectivité et personnalisation…

Par contre ils ne savent pas forcément se servir des différents outils disponibles sur le web, « ils utilisent Facebook pour tout ».

Pascal Plantard nous a également décrit trois notions importantes au niveau des usages numériques d’une manière générale : le braconnage, le bricolage et le butinage.

On a besoin d’évaluations scientifiques

Actuellement les débats sur le numérique sont plus idéologiques que scientifiques, comme le rappelait Elena Pasquinelli lors de sa présentation (et d’ailleurs cela s’est globalement ressenti tout au long du colloque). Or nous avons besoin d’évaluations pour avancer.
Philippe Breton nous a exposé 3 raisons pour lesquelles nous n’arrivons pas à nous lancer dans l’évaluation actuellement : le présentisme, le déterminisme technique et l’approche utopique de la communication.

Benoit Thieulin, le président du Conseil National du Numérique, insistait aussi sur le fait que les deux domaines les plus en retard sur la question du numérique sont la santé et l’éducation, alors que selon lui ce sont des domaines dans lesquels le numérique a de l’avenir.

Alors quelles conséquences pour l’éducation ?

Le monde numérique dans lequel nous vivons génère des changements majeurs dans la manière dont les jeunes appréhendent les apprentissages. La connaissance est maintenant externalisée, toutes les informations peuvent se trouver sur internet. Il n’est d’ailleurs plus temps de se demander si cette évolution va avoir lieu ni comment elle aura lieu. Maintenant il faut que les enseignants s’adaptent à ce nouveau mode de pensée.

Ceci passe par des changements dans les manières d’enseigner. Il n’est plus possible de se présenter comme des détenteurs d’un savoir dans une relation verticale. Désormais il faut plutôt accompagner les jeunes dans leurs apprentissages. Le terme de compagnonnage a même été évoqué durant le colloque. Il s’agit d’apprendre aux jeunes à s’adapter à l’incertitude du monde plutôt que de leur faire engranger de nouvelles connaissances.

On entend parfois des enseignants se plaindre de leurs étudiants/élèves qui rendent des devoirs tous identiques copiés-collés de Wikipédia. Quelle solution alors ? Changer de modèle d’enseignement et d’évaluation des connaissances, par exemple en pratiquant la classe inversée.

Selon Benoît Virole apprendre comment on se sert des accès à la connaissance sur le web devrait être la visée de l’école.

Et quelles conséquences pour le soin ?

Selon Patrice Huerre il est important pour les thérapeutes de prendre en compte  la relation du patient aux outils numériques dans l’analyse clinique.

Il est d’ailleurs aussi inquiétant d’entendre un ado affirmer être « anti-numérique » que de se rendre compte qu’il a une addiction aux jeux vidéos.

En tant que soignants nous ne pouvons plus non plus nous comporter comme seuls détenteurs du savoir.

Certains patients vont arriver avec une idée de diagnostic parce qu’ils se seront renseignés sur internet avant de venir. Il est important d’accueillir cela et de ne pas nous sentir agressé en tant que soignant par cette attitude. Au contraire, il nous faut rebondir sur cette occasion, et demander par exemple plutôt au patient/parent quelle a été sa démarche de recherche (mots-clés ou phrase tapée dans le moteur de recherche), sur quel site il a trouvé les informations, pourquoi il s’est informé dans ce sens, etc… Déjà cela peut être intéressant pour nous (enrichissement de nos propres connaissances sur le sujet) mais cela nous renseigne également énormément sur le mode de fonctionnement du patient/parent.

Quel type d’écran et à quel âge ?

Lors de ce colloque un point qui est revenu régulièrement est la nécessité d’aider les enfants à s’autoréguler face aux écrans.

Pour aider les parents et les éducateurs dans cet accompagnement la règle du 3-6-9-12 est proposée par certains professionnels dont Serge Tisseron :

  • pas de télé avant 3 ans,
  • pas de console de jeu individuelle avant 6 ans
  • pas d’Internet seul avant 9 ans
  • pas de réseaux sociaux avant 12 ans.

Ma veille sur le sujet m’avait bien entendu amenée à entendre parler de ces règles il y a déjà plusieurs mois mais je n’étais pas allée lire en détails l’argumentation de Serge Tisseron. Cette fois-ci je l’ai écouté attentivement et il m’a convaincue ! Le cadre qu’il propose n’est pas figé contrairement à ce que je croyais et surtout il permet d’avoir des repères. L’intérêt de ce programme, c’est la préservation de la notion de « temporalité », facilement absente avec les écrans, qui est suivie et préservée.

Elena Pasquinelli disait par ailleurs qu’il est normal que les enfants soient attirés par les écrans : c’est comme du sucre pour le cerveau ! De la même manière que nous restreignons leur consommation de bonbons et gâteaux pour leur santé il faut en faire de même pour leur consommation d’écrans.

Enfin cette dernière nous a présenté un projet pédagogique de « La Main à la Pâte » sur les écrans, le cerveau et l’enfant. Nathalie de DeclicKids en avait fait un article très intéressant sur son site il y a déjà quelques mois que je vous encourage à lire si vous êtes enseignant du primaire.

Conclusions pour ma pratique orthophonique

Voici en vrac quelques conclusions pour ma pratique quotidienne de l’orthophonie et pour mon implication personnelle dans le développement du numérique :

  1. Il est vraiment important que je prenne le temps d’afficher dans ma salle d’attente le poster 3-6-9-12. Cela permettra d’entamer le débat sur les écrans avec certains parents.
  2. Je vais systématiquement poser la question du rapport aux écrans lors de mes bilans initiaux.
  3. Même si je propose déjà du travail sur écrans (tablette et/ou ordinateur) à quasiment tous mes patients quel que soit leur âge, je suis plus armée maintenant pour justifier mes choix auprès des parents ou collègues réfractaires. Je sais aussi que j’allais dans la bonne direction dans le sens où ce n’est absolument pas un outil exclusif dans ma pratique, que c’est toujours un usage accompagné, et que mes patients manipulent beaucoup « en vrai » à côté de ce qu’ils font sur la tablette.
  4. Il me semble évident qu’en tant que thérapeutes de la communication nous avons un rôle à jouer pour accompagner certains patients ados dans la gestion de leur identité numérique, et de leur comportement sur internet d’une manière générale. Pour moi cela concerne au moins tous les patients souffrant de troubles de la pragmatique et de troubles envahissants du développement.
  5. Finalement nous modélisons pour les parents des temps de lecture avec leur enfant, des temps de jeu partagé (lotos, memorys, jeux de l’oie), pourquoi ne modéliserions-nous pas également des temps de jeu partagé sur la tablette ou l’ordinateur ? Après tout cela fait partie de leur quotidien, et après les fêtes de fin d’année le nombre de foyers équipés en tablette devrait encore augmenter. Certains parents ont besoin d’aide pour accompagner leur enfant, pour apprendre à jouer avec eux, et si cela passe par le biais d’une tablette pourquoi pas ? Pour les enfants la tablette est surtout intéressante dans le cadre d’un usage partagé avec le parent, et pas dans le « travail individuel ». Il ne faut pas que chacun oublie son rôle, le numérique ne fera pas tout.
  6. Grâce à ce colloque je reste convaincue que mon envie/ma place dans le monde de l’orthophonie tourne autour de la question du numérique. Que ce soit dans l’accompagnement de mes collègues à l’appropriation de ces outils (dédiabolisation, démystification, aide technique…) ou dans leur introduction auprès de notre patientèle. Je suis très contente également de m’être lancée dans l’encadrement d’un mémoire d’orthophonie portant sur le numérique car je suis parfaitement d’accord avec Philippe Breton: nous manquons toujours de données et d’évaluations dans le domaine et il est grand temps de se bouger pour que cela change !

Pour aller plus loin

Voilà il y aurait encore de nombreuses choses à dire sur ce colloque mais je pense que je vais m’en tenir là.

Et vous ? Vous étiez au colloque et vous aviez noté d’autres choses importantes ? Vous avez des choses à rajouter ? Un avis sur la question ?

Vous n’y étiez pas et il y a des points que vous voulez que je développe ? N’hésitez pas à vous emparer des commentaires sur ce blog qui se veut aussi un espace de dialogue !

Par ailleurs pour ceux qui veulent (re)lire les tweets publiés lors du colloque vous trouverez le storify (c’est à dire la liste) ici : sfy.co/rGOs . Le mot-clé qui avait été choisi était #emutants .

Vous pouvez également (re)voir les conférences de Serge Tisseron et Serge Soudouplatoff sur internet grâce à la Maif qui était partenaire de l’événement.

Enfin un grand merci à Emilie Lacroix, neuropsychologue belge et coordinatrice du centre thérapeutique Innova Square qui était également présente au colloque et qui a accepté de relire cette synthèse avant publication !

[Terminé] Concours : 10 applis « Les aventures extraordinaires de Gaspard »

Bonjour à tous,

Comme promis au mois de septembre, voici donc un petit concours pour gagner des codes de téléchargement pour l’application « Les aventures extraordinaires de Gaspard » (codes iOs pour iPad) dont vous trouverez ma critique ici.

Concours Ortho&CoRèglement

Comme pour les derniers concours, les règles sont simples :

Les 10 codes seront attribués par tirage au sort parmi les personnes ayant posté un ou plusieurs « commentaires pertinents » sur n’importe quel billet de ce blog, entre aujourd’hui (mardi15 octobre 2013) et le mardi 22 octobre 2013 à minuit.
Plus vous posterez de commentaires et plus vous aurez de chance de gagner (1 seul code par participant).

Les gagnants seront contactés par email dans la journée de mercredi 23 octobre 2013 et recevront leur code de téléchargement. Attention à bien renseigner une adresse valide dans le formulaire de commentaire.
Ne paniquez pas si votre commentaire n’apparait pas tout de suite, il se peut qu’il soit en attente d’une validation manuelle de ma part (et comme j’ai aussi des patients toute la journée cela peut prendre plusieurs heures avant que je ne puisse le faire…)

Qu’est-ce qu’un commentaire pertinent ?

Ce que j’appelle un commentaire pertinent est un commentaire qui apporte de la valeur ajoutée à ce blog. Des exemples :

  • répondre aux questions que je pose à la fin de mes billets,
  • donner son avis sur une application, un logiciel ou un site décrit dans un billet (points positifs, négatifs, autres utilisations possibles en orthophonie…),
  • proposer le nom d’une application que vous utilisez en séance,
  • partager du matériel créé à partir des trames ou des tutoriels que j’ai proposés…

Cette liste n’est bien entendue pas exhaustive, si vous avez d’autres idées de contenus pertinents n’hésitez pas. Par contre, les commentaires comme « trop bien, je participe au concours » ne sont pas considérés comme pertinents et ne seront pas pris en compte dans le tirage au sort.

Et pour remercier Cyrille Renouvin de ce beau cadeau, vous pouvez en profiter pour aimer la page Facebook de l’application, cela ne vous donnera pas de chance supplémentaire de gagner mais sera grandement apprécié !

Vous pouvez aussi télécharger directement l’application sur les différentes plateformes :

android-app-on-google-play iActu_télécharger_App_Store_icône amazon-apps-store-us-black.png[Edit du 23/10/2013 : le concours est terminé ! Merci à tous pour votre participation, et félicitations aux gagnants qui ont reçu leurs codes de téléchargement par email 🙂 ]

Memo Rébus

Peut-être que certains d’entre vous connaissent déjà le jeu « Mon premier mémo rébus » publié chez Oxybul ? Il s’agit d’une boîte de jeu avec des images à associer pour créer des mots en rébus (ex : mousse + tâche = moustache). Pas de mots écrits ici mais bien des images car il s’agit de jouer avec les syllabes orales.

Et bien les créatrices de ce jeu (dont une orthophoniste) se sont associées à la société d’édition d’applications Chocolapps pour en proposer une version sur iPad (si vous êtes sous Android ne partez pas, les applis de cet éditeur devraient arriver pour vous courant octobre). memo_rebus5

L’application

3 jeux sont proposés dans l’application :

  • Dans le 1er jeu le mot à trouver est donné et il faut trouver les deux mots-syllabes permettant de former ce mot-cible.

memo_rebus2

  • Dans le 2ème jeu toutes les images des mots-syllabes sont visibles et il s’agit d’associer deux de ces mots au choix pour former un mot-cible. Un même mot-syllabe peut servir plusieurs fois.

memo_rebus3

  • Dans le 3ème jeu toutes les images des mots-syllabes sont cachées et il faut également en associer deux pour former un mot-cible au choix. Là encore les mots-syllabes peuvent servir à plusieurs reprises.

memo_rebus4Les +

  • La possibilité de jouer à plusieurs avec des tours de rôle initiés par l’appli,
  • Les illustrations,
  • Le prix, bien inférieur à celui de la version « carton »

Les –

  • Pour mes patients qui arrivent avec un trouble du langage et bien souvent des difficultés phonologiques le 3ème jeu est bien trop difficile…
  • Dans le 1er jeu le mot-cible n’est pas prononcé lorsque l’on tapote son image, alors que les mots-syllabes le sont,
  • Certains mots sont loin d’être fréquents (verseau, papou…) mais cela peut être rigolo de les trouver par hasard,
  • Comme dans tous les jeux de phonologie on retrouve des différences régionales dans la prononciation. Par exemple je n’entends pas « lait » dans « léchant » (d’ailleurs « léchant » ça me parait un peu tiré par les cheveux comme mot-cible mais bon)

Comment je l’utilise en orthophonie ?

Comme pour l’appli des « Jeux pour lire » l’usage en rééducation est ici évident. Quelques précisions cependant :

Avec les plus petits et/ou les plus en difficultés je commence directement par le 1er jeu pour qu’ils découvrent les mots-cibles et travaillent d’abord la décomposition en syllabes.

Avec les plus grands je vais au contraire commencer par le 2nd jeu qui oblige à faire de la combinatoire syllabique. Le fait qu’ils ne connaissent pas les mots-cibles utilisés dans le jeu court-circuite les stratégies faisant appel à la mémoire. Par ailleurs le temps limité pour trouver un mot (30s) est stimulant pour les patients car assez bien calibré.

Enfin il est maintenant de plus en plus fréquent que des parents me demandent des idées d’applications à télécharger sur la tablette familiale pour poursuivre le travail effectué en rééducation et celle-ci fait partie sans hésiter de celles que l’on peut conseiller !

memo_rebus1Et vous ? Avez-vous d’autres idées/astuces pour l’utilisation de cette application en orthophonie ?

[Tutoriel] Générer des phrases en pictos avec Araword

Attention, cet article date de 2013 et concerne une ancienne version d’Araword !

La petite histoire

Avec mes patients, j’aime beaucoup utiliser les livres comme support de rééducation. Pour les petits j’ai des imagiers bien entendu, mais aussi d’autres livres adaptés à leur âge. En particulier j’ai une belle collection de livres de Tchoupi, que j’avais achetés lors d’une formation de français signé (nous avions décidé d’un commun accord de travailler sur ce support pour apprendre des signes adaptés à nos patients).

Partant de là, je me suis dit un jour qu’il pouvait être intéressant pour certains d’entre eux de raconter l’histoire non seulement en signes, mais également en pictogrammes (avec des phrases simplifiées). Pour cela j’ai utilisé le logiciel Araword qui est libre et gratuit.

livre

Téléchargement et installation

Araword a été créé dans le cadre du Proyecto Tico et fait partie du pack Arasuite, que vous pouvez télécharger ici.

Après l’installation, vous pouvez lancer le logiciel qui sera alors en espagnol. Pour le mettre en français il faut aller dans « Herramientas > Preferencias Generales > Idioma de la aplicacion » et choisir « Frances ». De même pour « Idioma del documento ». Cliquez ensuite sur « Aceptar ».

Ensuite dans « Outils > Gestion des ressources » cliquez sur « Vérifier les mises à jour », le logiciel va alors télécharger la base de pictogrammes ARASAAC en français dont je vous ai déjà parlé à de nombreuses reprises ici. Cela peut prendre un temps assez important donc soyez patient.

(Au passage je remercie le blog du Réseau des Nouvelles Technologies de l’APF sur lequel j’ai récupéré ces informations concernant l’installation et la mise en place du logiciel).

Générer un texte en pictogrammes

Pour générer un texte en pictogrammes, il vous suffit maintenant  de le taper dans l’interface du logiciel, qui ressemble tout simplement à celle d’un traitement de texte.

Par contre il y a plusieurs astuces à connaître :

  • les verbes doivent être inscrits à l’infinitif (en première intention, vous pourrez changer le texte ensuite)
  • vous devrez parfois jouer sur les synonymes pour trouver l’image recherchée (exemple, je n’ai pas trouvé de t-shirt pour mon histoire, j’ai donc tapé le mot « polo » et j’ai modifié le texte ensuite), idem pour « gentil » pour lequel rien n’est proposé alors que pour « sympathique » si. Ceci est en fait lié à la traduction des pictogrammes ARASAAC qui est faite par un traducteur automatique. Donc mieux vous connaitrez la banque de pictogrammes plus vous serez rapide.

v1

Choisir une autre image que celle proposée

Parfois, la première image proposée n’est pas celle qui convient le mieux à ce que vous voulez dire, il se peut qu’il y ait des synonymes (ou que pour « chaussures » par exemple vous ayez plusieurs propositions). A ce moment là il suffit au choix :

  • de cliquer sur le symbole « image suivante » qui est composé de 3 pommes de différentes couleurs,
  • de cliquer sur le menu « pictogrammes » puis « image suivante »,
  • ou d’utiliser le raccourci clavier F3

menu

Insérer une image provenant d’une autre source

Même si les pictogrammes ARASAAC sont fournis avec le logiciel, il est tout à fait possible d’insérer d’autres images pour pouvoir les utiliser dans Araword.

Dans mon cas, j’avais besoin d’un picto « Tchoupi ». Je l’ai créé dans un logiciel de dessin et suis allée dans « Outils > Gestion des ressources > Ajouter une image ». J’ai alors sélectionné mon image, et cliqué sur le petit +.

insertion nvelle image

Dans la première colonne j’ai effectué un double-clic puis renseigné le mot que je souhaitais associer à cette image. Dans la seconde colonne j’ai choisi la langue (Frances) et dans la 3ème colonne le type de mot (nombreComun)

Désormais si je tape « Tchoupi » dans l’éditeur de texte c’est mon image qui apparait.

Changer le texte associé aux pictogrammes

On l’a vu, la première version du texte ne va pas être exceptionnelle avec les verbes à l’infinitif et éventuellement des mots plus complexes que ceux que vous vouliez employer.

Ceci étant, il est tout à fait possible de changer le texte associé à un pictogramme en :

  • cliquant  sur le symbole « changer nom » qui est composé d’une pomme au dessus d’une étiquette sur laquelle quelqu’un écrit,
  • ou en cliquant sur le menu « pictogrammes » puis « changer nom »,
  • ou en utilisant le raccourci clavier F5

v2

Imprimer votre production

Il n’est pas possible d’imprimer votre production directement à partir d’Araword. Pour le faire, il faut que vous exportiez votre document (au format .jpg) et que vous imprimiez ensuite l’image à partir du logiciel de votre choix (par exemple l’outil de dessin de LibreOffice). N’oubliez pas de tout de même sauvegarder votre document au format du logiciel pour pouvoir le modifier éventuellement par la suite.

Attention !

J’ai repéré plusieurs bugs dans l’application qui m’ont fait perdre une partie de mon travail, en particulier sur la fonction « annuler », donc pensez à sauvegarder régulièrement.

Pour plus d’efficacité je suggère de rédiger tout votre texte sans effectuer de modifications, et d’appliquer ces dernières à la fin (conjugaison des verbes, choix d’autres images que celles proposées par défaut).

[Edit du 23/07/2016 : Une nouvelle version d’Araword (v2.2.1) est disponible depuis le mois dernier. Vous la trouverez en téléchargement sur le même lien que précédemment : https://sourceforge.net/projects/arasuite/
Le manuel peut quant à lui être trouvé sur le site d’ARASAAC  (seulement en espagnol, portugais et italien pour l’instant malheureusement)]

En conclusion

Voici donc encore un outil génial qui mérite d’être connu !

Si cet article vous a plu n’hésitez pas à le partager avec vos connaissances, soit par mail, soit via les réseaux sociaux. Vous pouvez également vous inscrire à la Newsletter pour recevoir automatiquement les nouveaux billets d’Ortho & Co dans votre boite mail.

Apprendre le français avec 7 jours sur la planète

Jusqu’à présent, j’ai présenté beaucoup d’applications pour les enfants de la maternelle ou du primaire, car il est vrai que ce sont les plus nombreuses sur l’AppStore.
Ceci étant, j’utilise aussi la tablette avec les adolescents ou les adultes et aujourd’hui je voulais donc vous présenter une application qui peut tout à fait convenir pour eux : « Apprendre le français avec 7 jours sur la planète ».

C’est une application proposée par TV5 Monde, dans le cadre de leur programme de FLE (Français Langue Etrangère).

7joursHide & Seek Discovery. - Chocolapps SAS

 Le principe de l’application

  • Une vidéo extraite du journal télévisé « 7 jours sur la planète » qui est diffusé tous les samedis sur TV5 Monde,
  • La transcription de cette vidéo,
  • Une liste de vocabulaire,
  • Des exercices autour de ce vocabulaire :
    – rattacher des mots à leurs définitions,
    – choisir la définition d’un mot parmi plusieurs propositions,
    – écouter un mot et le retranscrire à l’écrit,
    – retrouver l’orthographe correcte d’un mot,
    – retrouver un mot dans une grille de mots cachés en s’aidant de sa définition,
    – retrouver et écrire un mot à partir de sa définition.

7jours_1

Chaque semaine, ce sont 3 vidéos différentes qui sont proposées, sur des thèmes variés (de l’éducation à la science en passant par la politique, la justice et l’environnement pour n’en citer que quelques-uns).

De plus, on peut retrouver dans l’application la liste du vocabulaire spécifique aux journaux télévisés, liste qui a été établie par l’équipe de TV5 Monde après analyse de plus de 500 reportages d’actualité. Ce vocabulaire est lui aussi trié par thématique.

Pour aller plus loin (ou si l’on ne possède pas d’iPad) il est possible de se rendre sur le site de TV5 Monde et de faire d’autres exercices en ligne. De ce que j’ai pu voir ces exercices sont plutôt des exercices portant sur la compréhension du reportage, et non pas des exercices spécifiques de vocabulaire comme dans l’application.

Enfin il est aussi possible de retrouver sur le site un dossier pédagogique proposant pour chacune des séquences vidéos des fiches d’activités pour la classe (différents niveaux disponibles). Ces fiches d’activités sont également en lien avec la compréhension du reportage (anticipation à partir du titre, QCM de compréhension, Vrai/Faux, travail d’écriture…)

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Les +

  • le contenu renouvelé chaque semaine,
  • la transcription du texte de la vidéo,
  • les différents niveaux de difficulté des exercices,
  • les thèmes variés et adaptés aux adultes et aux adolescents,
  • la possibilité de jouer à deux en même temps avec le mode multijoueurs…

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Les –

  • la transcription est présentée dans une zone toute petite, avec un menu déroulant (en ce qui me concerne j’en fais un copier-coller ailleurs pour la faire lire à mes patients)
  • l’application plante régulièrement à la fin du visionnage de la vidéo,
  • j’aurais aimé pouvoir avoir accès aux exercices de compréhension à partir de l’application (au moins avec un lien direct vers le dossier pédagogique sur le site internet)

7jours_2

Comment je l’utilise en rééducation ?

J’utilise cette application avec des adolescents qui viennent me voir pour une rééducation du langage écrit ou du langage oral, mais aussi avec des adultes en début de pathologie dégénérative, dans le cadre d’un traumatisme crânien, ou encore dans le cadre de troubles aphasiques.

Selon les cas nous commençons soit par lire la transcription, soit par visionner la vidéo.

Jusqu’à maintenant j’ai proposé les activités suivantes :

  • comprendre ce que signifie l’expression « voix off » (découvert en lecture de la transcription, on pose des hypothèses, on vérifie en regardant le reportage)
  • support de production pour de l’écrit : imaginer ce qu’il faut mettre dans un dossier pour être candidat à l’organisation des JO
  • travail du vocabulaire spécifique à l’aide des jeux fournis dans l’application,
  • support de compréhension générale (De quoi parle ce reportage ? Qui a été interviewé ?…)

Et vous ? Comment utiliseriez-vous cette application en rééducation orthophonique ? N’hésitez pas à proposer vos idées dans les commentaires !

[Edit du 25/09/2013 : les exercices en lignes sont désormais proposés au format HTML5 et sont donc accessibles depuis toutes les tablettes.

D’autres exercices sont également proposés sur http://apprendre.tv5monde.com/]